Des amis et des blogs

Je viens de rêver que j’avais écrit un truc bien pendant ma convalescence… Je me suis fait une entorse du médio-pied et j’ai passé un mois à la maison sans rien foutre. Je regardais des séries et des films en attendant les visites de mes proches. Ouais ouais, je sais que tout le monde s’en fout mais c’est bien le principe du blog de raconter sa vie de merde pour que personne ne la lise, nan ?

JE MA Fé MAL O MEDIOPIé !

JE MA Fé MAL O MEDIOPIé !

Si j’avais écrit un truc bien, comme dans mon rêve, je l’aurais sûrement publié sur le blog de mon ami Beaulech. « Littérature sans fioriture »… Ça plante sérieusement le décor, tu sens que le mec est difficile et que la ligne éditoriale doit être pointue… Détrompe-toi ! A défaut de concept clair le mot d’ordre était, à l’inauguration : « Tout le monde peut venir écrire ce qu’il veut ! », génial sur le papier sauf que dans la réalité, y’a deux articles qui ont sauté illico car ils étaient un peu trop vulgaires pour le fin nez du patron… Perso, j’ai toujours respecté la sensibilité de Beaulech et j’ai tâché d’écrire au mieux, soucieux de la qualité de son petit blog. Faut dire que j’en ai publié des trucs et des machins chez lui : des nouvelles alcoolisées à épisodes, des petits poèmes grivois ou métaphysiques, j’ai même chroniqué des émissions télé de merde et déglingué « Game Of Thrones » pour essayer de faire décoller un peu la popularité inexistante de son site. Et alors ? Et alors, pensez-vous, pas un merci ! Pas un avis positif de sa part en plus de 20 posts ! Rien que des « mouais », des moues gênées et des silences… Rien que du mépris ! Le mec ne relaye même plus mes articles sur son tweeter !

A l’entendre, il n’y a qu’un seul auteur qui vaille vraiment le coup d’être publié et lu sur son blog, un seul à qui il tresse des couronnes de lauriers joliment fleuris : c’est sa meuf !
Saine émulation entre les deux amoureux qui nous a donné, au début, des textes intéressants, mais après quelques temps, même la nouvelle égérie du blog ne voulait plus poster dessus, arguant qu’il n’y avait pas assez de réactions et d’enthousiasme concernant sa prose… Ce n’est pas faute de lui avoir expliqué que le site, à la base, n’attire pas les foules et, qu’en plus, je dois être un des seuls à lire ses nouvelles jusqu’au bout !

Objectivité promotionnelle

Promotion objective

Bref, si j’avais écrit un truc bien comme dans mon rêve, j’aurais été publié sur Enquête De Sens et ça aurait donné quelque-chose de ce genre :

Beaulech m’avait rejoint dans un des restaurants de la place Sorbier qu’il affectionnait tant, il portait, avec l’élégance qui lui confère ses origines Turquo-Brivistes, son nouveau blouson de cuir noir luisant et ses bottines préférées. L’agencement des deux mettaient en valeur son blue-jean sombre qui lui serrait les cuisses, à la façon des rockeur Français des années 80. Il prit place face à moi en commandant une pinte de Pils, nostalgique de ce petit goût de République Tchèque où il avait séjourné deux ans, je sirotais mon rosé en silence, nous étions en hiver…
Ragaillardi par le pichet que j’avais déjà presque fini en une petite vingtaine de minutes, j’osai enfin lui poser la fameuse question :

« – Alors Beaulech, quel sens prend l’enquête ?

Il retira ses lunettes à fines branches d’un air grave, passa sa main frigorifiée dans ses cheveux grisonnants en bataille et prit une longue et forte inspiration qui laissait deviner la gravité mais aussi la sincérité de son imminente réponse :

– Je ne trouve plus de sens à l’enquête, ça ne sert à rien… »

Mon ami Beaulech

Mon ami Beaulech en quête de sens

Me voici donc en piste sur Censuré d’avance où je rejoins deux acolytes jadis éjectés du blog sus-mentionné. Ici, c’est pas compliqué, il y a deux auteurs dont un qui n’écrit plus du tout.

C’est bien dommage, car mon ami Le Gwag, ce génie auto-proclamé et scato-scribe hors-pair nous a délivré ici-même quelques perles de goût sur sa matière organique préférée : le caca. Aurait-il déjà épuisé le fi(l)on ? A-t-il vraiment poussé à fond ? Aux dernières nouvelles, il serait trop occupé pour écrire de la prose, affairé et perdu dans les lignes de code informatique… Néanmoins, lui qui ne manque jamais d’ahurissants et passionnants projets, il s’est lancé le défi de créer bientôt une des meilleures BD francophones ! Il dessine comme mon chat et n’a pas une once d’idée de scénario mais il m’a certifié que le début de l’histoire devrait suffire à faire péter les ventes FNAC et le festival d’Angoulême :

« C’est un mec qui glisse sur une merde de chien et qui tombe dans une piscine pleine de merde ! » Mise en abîme ?

Face à son génie, il invente le selfie miroir.

Selfie miroir face au génie

Hey, Le Gwag, si tu arrives à extirper un peu ta tête hors de la piscine de cacarente-deux et que tu me lis, je t’en supplie, reviens parmi nous pondre quelques crottes et fumer des clopes ! (on le dira pas à ta meuf).

Fais méfu ! Fais méfu !

Scred ! Scred ! Fais méfu !

Ça fait un moment que mon ami Santo me tanne pour que je vienne écrire ici. Dans son dernier article, il avoue honteusement s’être fait passer pour juif toute l’école primaire afin d’éviter de bouffer le porc dégueulasse de la cantine… Aujourd’hui, sur son blog, il campe un infâme pervers sexuel, misogyne épidermique et totalement raciste ! Depuis sa plus tendre enfance, c’est une technique de survie comme une autre, il ment sans relâche sur sa nature afin que l’on s’apitoie sur sa pauvre personne. Hier, pauvre petit descendant des rescapés des camps de la mort, aujourd’hui, loser envieux et haineux victime du Nouvel Ordre Mondial. Je vous rassure, tout ceci n’est qu’une fine posture propice à déverser son « Humour noir sans faux-semblants ». Santo a le mérite d’être constant dans le grand écart et intraitable sur ses changements d’avis multiples. Seulement, pour apprécier ses saillies comiques, il vaut mieux connaître personnellement l’animal !

Beaulech & Santo refont le monde

Beaulech & Santo refont le monde

Si vous l’aviez vu… Commencer la musique, arrêter la musique, reprendre la musique, l’arrêter de nouveau (et c’est pas fini)… Attaquer un nouveau boulot, démissionner, le reprendre, le quitter définitivement pour attaquer un nouveau boulot, démissionner etc… Même médecine avec les gonzesses, il peut triompher trois mois durant, de multiples conquêtes de toutes sortes à son bras, avide de coïts hasardeux, buvant et pinant à la gloire d’Éros et d’Aphrodite, pour redégringoler  trois jours plus tard après quelques râteaux et jurer que jamais plus on ne le reprendra la queue dans un vagin ! Parfois, en soirée, il me présente comme son « meilleur ami et poète de talent », d’autres fois, seulement comme « un enculé ».

UP & DOWN

UP & DOWN

Dans le fond, c’est un gentil nihiliste qui est certainement passé à côté d’une jolie carrière de vagabond tazzé à faire le tour d’Europe des soirées drum’n’bass en camionnette. Il a revendu au Cash Express le costard qu’on lui a offert pour ses 30 ans pour se prendre  deux nouveaux sweats à capuche, il a le swagg crade du charclo manqué dans son manteau marronnasse et il emmerde tout le monde ! Avec le temps qui passe, je me sens lentement glisser sur la même pente que ce singulier personnage et je ne peux m’empêcher de lui trouver du panache… Respect à toi Santo ! Fuck les codes sociaux ! Fuck le qu’en-dira-t-on ! Fuck les branchés, les politiques et toutes ces salopes de merde ! Fuck tout ! De toute manière, on s’en fout, Depardieu est avec nous !

Néanmoins et afin de sauver les apparences, j’ai pensé que nous pourrions profiter de la mode du Mariage Pour Tous afin de nous racheter une réputation de mecs normaux et éviter de perdre trop rapidement nos amis respectables. Nous ferions un très beau couple de pédés platoniques (#pdnosex) et si on a de la chance, on pourra même adopter rapidement un petit Philipinoir trop mignon et les rendre jaloux !

J’ai déjà une formation d’éboueur !

Burn out au Jour de l’an

Que la fête commence !

365 jours de rétention de haine et de mépris concentrés en une soirée. Aux douze coups de minuit, j’explose en même temps que les bouchons de champagne. Pop pop pop… Le liège s’envole accompagné des cris de joie. Les coupes se remplissent une à une, tout le monde s’ébaubit dans l’allégresse de ce moment sacré.

Ce rituel de fêter la nouvelle année commençant agit sur moi comme un catalyseur de mauvaises pensées, toutes les saisons d’ennui chronique, de dégoût social et de rage assassine me reviennent en flashback. Elles veulent sortir groupées, en flot continu de pus mental. La catharsis va être terrible. Arès et Golgothe m’encouragent en continuant de me convaincre.

C’est la panique, je sens que cette fois je n’arriverai pas à diluer cette pulsion dans l’alcool. Au contraire, le poison est un véritable dopant à ma colère. Au milieu des « bonne année« , « bonne santé« , je hurle tel un possédé. Les bras m’en tombent, la flûte de champ’ décolle pour exploser au plafond. Une pluie de verre s’abat sur les visages hébétés de l’assistance médusée. Certains n’ont pas encore bien compris la situation, à moitié saouls dans le brouhaha , ils continuent à se papouiller comme des cons. Les plus proches de moi restent figés et me regardent éructer comme un damné sans croix. « Eh mec, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu te sens pas bien ? « , hasarde, empathique, l’un d’eux. « Si ça ne va pas … SI CA NE VA PAS ? », vocifère-je plein de vie.

Rouge soleil, j’ai les yeux aux bords des orbites et les veines gonflées à bloc. Une véritable bête s’éveille en moi. La transformation a eu lieu en quelques secondes. Je commence à attraper tout ce qui me tombe sous la main : des verres chopés sur les meubles balancés à l’aveugle, une chaise  à ma portée que je shoote d’un coup. J’empoigne la nappe de la table bien dressée, prêt à tout faire valdinguer d’un retrait direct. La muleta est tenue par le taureau. Plein d’euphorie, je la fais tournoyer dans tous les sens comme lasso et j’en viens presque à m’amuser en Zorro éclaté. Les assiettes voltigent et se fracassent sur la parquet, les cailles farcies de foie gras dégustent dans le bordeaux des verres brisés.

Les picadors pochards ne tardent pas à réagir. Ils m’agrippent pour me stopper dans mon élan destructeur. Ça dégénère en baston brouillonne. Les coups partent mais n’arrivent pas. L’étau se resserre mais je résiste. Sans conscience de la douleur, les veines pleines d’adrénaline, ça fuse dans les tubes pleine balle, une vraie machine de guerre en branle.

Ne voulaient-ils pas une soirée « pas comme les autres » ? Un « truc spécial » pour marquer le coup ? Fêter grandement l’entrée en 2012, la dernière année de l’humanité, l’année Maya ? Un cas, ils en ont un beau et ne savent pas en profiter. Faut croire qu’ils n’aiment pas l’improvisation…

En tenaille dans une myriade de bras solides, je me débats en vain, noyade au cœur d’une baïne. J’ai beau y mettre toutes mes forces, je ne sors pas de l’étreinte. Aucune de leurs paroles n’arrivent à mon cerveau, je n’écoute plus que le vilain génie déchu. Tout péter, tout péter, tout péter. Satan m’attend sur son divan.

Suis-je donc le seul à vouloir tout flinguer dans ce monde bordélique? Ma lucidité a foutu le camp depuis longtemps. Je sais ma névrose au paroxysme de sa mauvaise foi. En plein dogme suicidaire, ma chute entrainera tout le monde. Mes pensées au mixeur dégorgent du jus dégueulasse de mes désillusions.

Au climax de mon délire, je m’évanouis. Le burn out accouche enfin de sa gestation morbide. Mon corps se relâche après ce coït manqué.

Au réveil, je suis amer, goût du poivrot dans la bouche et lèvres fendues. Je suis encore rageur. La honte se diffuse en moi comme la sève d’un chêne centenaire. Les nerfs à vif, je me contiens. L’incompréhension se lit sur les figures compatissantes de mes proches. Je devine leurs pensées : « Mais pourquoi a-t-il pété un plomb ? Que lui arrive-t-il ?  »

Je n’en ai aucune idée. Plus rien n’a de sens.

L’année commence.