Manifeste pour une vie plus intéressante.

Je me suis toujours demandé comment mon meilleur ami, individu pourtant doué d’une certaine intelligence, s’était auto-persuadé qu’il avait le pouvoir d’effectuer des voyages astraux.

« Je suis allongé, les yeux fermés – mais pas endormi, ça non, parce que je contrôle tout! Donc soudain je m’échappe de mon corps, je grimpe au mur et au plafond, je rampe comme dans « La mouche » de Cronenberg, ouais, tu l’as vu, et je m’observe de là-haut. Après je me ballade dans les différents étages de l’hôtel, puis je me jette par la fenêtre du 5ème, tranquille, je lévite, je regarde l’enseigne 4 étoiles, fièrement. A la fin je me réveille. Voilà. »

J'ai un ami épatant.

J’ai un ami épatant.

Après une écoute attentive et minutieuse de ses pérégrinations, et malgré toute ma bonne volonté, je n’arrive pas à discerner la différence entre  ce fantastique voyage dans un hôtel parisien cosy décoré dans le style néo-colonialiste, et un rêve éveillé de veilleur de nuit insomniaque.

La réponse est pourtant simple : cet homme s’emmerde profondément.

Puisque je te dis que je dormais pas !

Puisque je te dis que je dormais pas !

Il s’embête tellement bien qu’il s’est inscrit sur Adopte un mec.com une nuit en rentrant chez lui bourré – ne sachant plus trop aujourd’hui s’il doit en avoir pour son argent maintenant que son compte a été débité -, qu’il a tout autant des velléités de devenir délégué du personnel pour se faire mousser auprès de ses collègues que de suivre une formation de barman pour affiner son art de la mine, qu’il s’est fait livrer un imposant vélo elliptique qui n’a servi qu’un mois et qui encombre désormais son salon grossièrement, inutilement, un peu à son image peut-être… Sa dernière lubie : passer le permis. Ici je renvoie le lecteur à cet article d’un second ami pour lequel j’ai également beaucoup d’affection, mais dont je n’évoquerai pas le cas par peur d’ennuyer le lecteur, et souhaite bien du courage au premier, car dans cette affaire-ci, la somme en jeu est considérable.

De mon côté, je regrette que la vie consiste essentiellement à ne pas me retrouver à découvert à la fin du mois, à travailler quotidiennement pour combler mon déficit, à m’oublier chaque quinzaine dans une soirée quelconque pour ponctuer l’ennui, puis à reprendre le boulot le lendemain, contrit et repentant de m’être écarté un bref instant du rond-chemin.

J'ai encore craqué hier soir...

J’ai encore craqué hier soir…

Je regrette que ma vie ne présente pas plus d’intérêt. J’ai essayé pas mal de choses, tromper ma femme, dormir dans la rue, me taper une pute, écrire un blog satirique, chanter dans le métro… Ma vie est toujours aussi décevante, et j’en reviens fatalement au même point : il faut partir bosser !

Certes, par la diversité des formes d’ennui que propose la société post-moderne, nous pourrions nous réconforter en nous croyant unique : mais enfin que penser de l’étudiant assis à ma droite tout à l’heure à la Bpi, plongé pieusement dans son manuel de chinois, rédigé par madame Hoa, cette même sorcière qui me gavait d’idéogrammes en 2003, alors que je balbutiais dans l’art de chercher un sens inédit à l’existence, rêvant d’évasion et de grandeur dans l’Empire des Petites Bites ?

J'ai tout essayé.

J’ai tout essayé.

Je ne sais plus. On peut quand même tirer de tout cela une observation politique  : la courbe des adhésions au Front National ainsi que celle de l’ennui ont sensiblement la même propension ascendante, sans que l’on ait osé jusqu’à maintenant établir un lien de cause à effet à ce phénomène, peu rassurant pour le petit bourgeois qui sommeille en chacun de nous – ou plutôt qui nous endort.

Courbe de l'ennui / Courbe du FN

Ennui / Adhésions au FN

Car ce qui est beau, ce qui nous attire, nous élève, c’est l’extrême, la pureté, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas rêver d’une fraîche blonde à la chevelure ondulée et à l’accent sincère du Nord, plutôt que d’une fade métisse à l’odeur indéfinissable ? Pourquoi sans cesse nous gaver de chocolat au lait alors que le noir se casse bien plus franchement ? Pourquoi toujours chercher des noisettes au milieu ? Autant de périphrases par lesquelles je vous annonce à court terme, j’en suis sûr, la Bonne Nouvelle, le retour de l’Histoire, la fin d’un règne suranné, celui de la 5ème République. Vive la famille Le Pen !

Les blanches mon frère, les blanches.

Les Blanches mon frère, les Blanches.

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