Brève de comptoir.

(Il trinque.) A la tienne !… (Le téléphone sonne.) Putain ! Fais chier, toujours quand je suis occupé!… Allô ?… Comment vas-tu?… Très bien, très bien. Ouais, je peux pas demain… On me propose du boulot… On se voit éventuellement samedi?… Dimanche!… D’accord, d’accord, on fait comme ça… OK, je te laisse!… A plus tard… Bonne soirée!… Ciao. (Il raccroche.) Donc, je te disais, c’est quoi cette meuf? J’ai son numéro, elle s’appelle Manon, t’es d’accord?… T’es tombé sur son répondeur?… Clémence!… Du délire!… – (Au serveur.) S’il-te-plaît!… Deux autres demis, merci… – Et Hirtzel, c’est juif, ça?… Mhhh… (Les bières arrivent…) Santé!… De toute façon, tu sais bien : « Avec Sarkozy on a tout compris. Avec Hollande, on va tout comprendre! » (Rires.) Eh! C’est comme le financement de l’Institut des Cultures d’Islam?… Elle est belle, la France! Alors qu’on manque de place dans les crèches… Et toujours le même discours de trous-du-cul : « une démarche populaire, dans un contexte laïque et moderne, apporter des solutions aux tensions de voisinage… » On va se faire bouffer tout cru, je te dis!… Mais moi, je rigole pas, je me barre en Corse, dans la maison de mon Padre, j’achète une Kalach, et je te jure… Ratatata ! si on vient me faire chier… T’inquiète! Là-bas, ils font moins les malins… je t’offre un Ricard? Allez! – (Au serveur.) Othman! mets-nous un Ricard !… – (Il boit.) Putain! Toute la vie ils vont nous faire chier avec leurs conneries!…

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Rick & Joe.

Rick et Joe marchent à la porte de la Cité. Ils parlent. Rick:
– La vie a le sens qu’on lui donne.
– La vie est absurde ! répond Joe.
– Tu te voiles la face.
– Ta gueule !
Ils avancent.
– Pourquoi me suis-je mis à écrire ? demande Rick.
– Ce n’est pas une question qu’on se pose.
– Avec du recul, je n’arrive pas à comprendre.
– Alors avance !
– Joe accélère. Rick s’arrête.
– Attends… (Il se marre.)
– Pourquoi tu t’arrêtes ?
– Je sais plus où j’en suis, je crois que ce joint m’a défoncé !
– C’est pour ça que t’écris. Tu sais plus où t’es, alors tu laisses une trace. Dans ta tête.
Rick lève les bras au ciel.
– Je regrette tellement. Le destin que je suis me mène à ma perte.
– Nous sommes en Démocratie, tu t’en sortiras.
Ils marchent. Rick accélère, prend de l’avance.
– T’es obligé de marcher aussi vite ? demande Joe, essoufflé.
– Viens ! On va se chercher de la pouffiasse.
– Tu te branles pas suffisamment ?
Rick ralentit, excédé. Il attend Joe.
– Je suis lassé…
– Repose-toi un peu, tu t’y remettras plus tard.
– Comme pour l’écriture ?
– Ouais.
Ils se reposent. Ils gonflent leurs poumons, respirent l’air du périphérique.
– Voilà donc la condition de branleur, conclut Rick : ne rien faire. Parler pour ne rien dire.
– Si possible une bière à la main.
Ils entrent dans une épicerie, ressortent avec deux canettes, qu’ils entament.
Joe :
– Ce connard ne m’a même pas répondu quand je l’ai salué. Il méprise ouvertement les alcooliques, alors que c’est grâce à nous que son commerce pourri prospère.
Rick :
– Une fois, j’ai écrit : « Si ce n’est que de l’alcool, l’économie carburera toujours. » (Il réfléchit.) Faut que j’arrête de boire. (Il trouve une poubelle, s’apprête à jeter la canette presque pleine.)
– Tu es fou !
– Je gâche ma vie…
– La mienne est vide. Laisse-la moi !
Suspense… Un véhicule de patrouille passe devant eux au ralenti. Joe soupire :
– Enfin de l’action.
– Je fais quoi de la bière ?
– Jette-la sur les flics !
Rick lance la canette sur la bagnole. Joe n’en reviens pas. Ils courent. Une femme-flic les rattrape. Ils sont arrêtés. Elle sort sa trique :
– Vous êtes baisés. A poil ! (Ils se déshabillent.) Âges !
– Jeunes.
– Professions !
– Chômeurs.
– Domiciles !
– On cherche.
Elle fouille Joe, puis Rick.
– J’ai trouvé ! Ce bout de merde. (Elle montre fièrement la crotte entre ses doigts.) Vous n’avez donc aucune dignité ? Allez… circulez !
Ils circulent. Ils parlent. Rick :
– La vie est un dépassement de soi.
– Ta gueule !
Ils accélèrent.