Bonne Fin du Monde.

alf fete

J’ai fait ma petite enquête. Tout le monde souhaite la Fin du Monde. Ou presque. En ville en tout cas. Ce que les gens sont positifs ! On leur balance que la Terre va exploser le 21 décembre, et ils sont contents !  « L’Humanité est allée trop loin. » Je trouve ça un peu facile. Et qu’est-ce qu’on nous promet après l’Apocalypse ? Rien. Le néant. C’est tout ce qu’il nous reste. Le Paradis est passé de mode. Dieu n’est plus très inspiré. Ainsi soit-il !

– Allô ? Tu fais quoi le soir du 21 ?

– Je bosse.

– Allez ! C’est la dernière soirée de l’Humanité. Je prépare une grosse orgie. Chez moi. Je paye ma chatte.

– Et si la Fin du Monde n’arrive pas ? Je perds mon job ?

– Ce que tu es rabat-joie ! Positive un peu !

– Ok. Faut ramener quelque chose ?

– Ouais, des capotes. Par respect pour les autres.

– Hein ?

– « Bip… »

Les femmes sont des salopes. Elles attendent le moment ultime pour faire ce pourquoi elles sont nées. Alors que les hommes, en général, sautent sur la moindre occasion, quand celle-ci se présente. Le 21, donc, plus question d’amour, de romantisme à l’eau-de-rose, ou d’érotisme à deux balles. Seulement du pur Gonzo. Tout dans la performance. Jouir un max. Si possible en même temps que la planète.

Le soir S, j’ai prévenu le bureau de mon absence. « Pas de souci ! », on m’a répondu et raccroché au nez. Je ne m’étais pas masturbé de la semaine, je contenterais ma partenaire plusieurs fois sans problème. J’admirais ma queue bien raide en face du miroir. Madame serait ravie ! J’ai enfilé mon boxer le plus moulant, mon unique paire de chaussette non trouée, et le reste était sans importance. J’ai failli oublier les capotes.

Me voici à la sortie du métro Colonel Fabien, boulevard de la Villette. 20h. Tout est calme. Inchangé. Quelque chose m’échappait. Et si elle délirait ? En fait, peut-être que tout cela n’était qu’une vaste plaisanterie. « C’est la dernière soirée de l’Humanité », la bonne blague ! « Je paye ma chatte, sois positif ! ». Elle s’était payé ma tête une nouvelle fois, la salope. Ça n’allait pas se passer comme ça.

Du coup j’ai déboulé comme une furie devant chez elle. J’ai frappé comme un tordu. Elle a ouvert ce qui restait de la porte.

– T’as pas remarqué qu’il y a une sonnette ?

– Salut !

– T’es en avance.

– Ta gueule. Laisse-moi entrer.

L’appart était dans son état normal. Elle aussi. Elle m’a indiqué le canapé.

– Qu’est-ce que je te sers ?

– Rien. Ce sera très bien. Que font les autres ?

– Ils ont annulé. Pour une autre soirée.

– Parfait.

– Tu as faim ?

– J’ai mangé avant de venir… On passe aux choses sérieuses ?

– D’accord. Tu m’accordes deux minutes ? Il faut que je passe à la salle de bain…

Tout s’est déroulé comme prévu. Elle a enfilé sa lingerie sexy dans la salle de bain, elle est revenue dans le salon avec sa démarche de salope, elle a baissé mon pantalon pour me sucer profondément, puis je lui ai bouffé la chatte avant de la prendre en levrette, et je l’ai prise par le cul, pour me finir dans sa bouche de salope. Le même scénario répété tant de fois que possible. Seulement la Terre n’a pas explosé.

Le lendemain, je me suis pointé sentant le sexe au bureau.

– Bonjour, Monsieur Santini, vous avez passé une bonne soirée ?

– Excellente, merci.

– En bonne compagnie, j’espère ? Ce n’est pas tous les jours le 21.

– On ne peut meilleure.

– Bien ! Je suis ravi pour vous. La prochaine fois, évitez de m’appeler pour me prévenir de votre absence. Le travail nocturne est suffisamment pénible. J’ai décidé, à compter de l’année prochaine, de fermer l’agence le soir du 21 décembre en lieu et place du 31. Vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’espère ?

– Aucun, Monsieur.

– Bien. Et maintenant, au boulot !

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Burn out au Jour de l’an

Que la fête commence !

365 jours de rétention de haine et de mépris concentrés en une soirée. Aux douze coups de minuit, j’explose en même temps que les bouchons de champagne. Pop pop pop… Le liège s’envole accompagné des cris de joie. Les coupes se remplissent une à une, tout le monde s’ébaubit dans l’allégresse de ce moment sacré.

Ce rituel de fêter la nouvelle année commençant agit sur moi comme un catalyseur de mauvaises pensées, toutes les saisons d’ennui chronique, de dégoût social et de rage assassine me reviennent en flashback. Elles veulent sortir groupées, en flot continu de pus mental. La catharsis va être terrible. Arès et Golgothe m’encouragent en continuant de me convaincre.

C’est la panique, je sens que cette fois je n’arriverai pas à diluer cette pulsion dans l’alcool. Au contraire, le poison est un véritable dopant à ma colère. Au milieu des « bonne année« , « bonne santé« , je hurle tel un possédé. Les bras m’en tombent, la flûte de champ’ décolle pour exploser au plafond. Une pluie de verre s’abat sur les visages hébétés de l’assistance médusée. Certains n’ont pas encore bien compris la situation, à moitié saouls dans le brouhaha , ils continuent à se papouiller comme des cons. Les plus proches de moi restent figés et me regardent éructer comme un damné sans croix. « Eh mec, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu te sens pas bien ? « , hasarde, empathique, l’un d’eux. « Si ça ne va pas … SI CA NE VA PAS ? », vocifère-je plein de vie.

Rouge soleil, j’ai les yeux aux bords des orbites et les veines gonflées à bloc. Une véritable bête s’éveille en moi. La transformation a eu lieu en quelques secondes. Je commence à attraper tout ce qui me tombe sous la main : des verres chopés sur les meubles balancés à l’aveugle, une chaise  à ma portée que je shoote d’un coup. J’empoigne la nappe de la table bien dressée, prêt à tout faire valdinguer d’un retrait direct. La muleta est tenue par le taureau. Plein d’euphorie, je la fais tournoyer dans tous les sens comme lasso et j’en viens presque à m’amuser en Zorro éclaté. Les assiettes voltigent et se fracassent sur la parquet, les cailles farcies de foie gras dégustent dans le bordeaux des verres brisés.

Les picadors pochards ne tardent pas à réagir. Ils m’agrippent pour me stopper dans mon élan destructeur. Ça dégénère en baston brouillonne. Les coups partent mais n’arrivent pas. L’étau se resserre mais je résiste. Sans conscience de la douleur, les veines pleines d’adrénaline, ça fuse dans les tubes pleine balle, une vraie machine de guerre en branle.

Ne voulaient-ils pas une soirée « pas comme les autres » ? Un « truc spécial » pour marquer le coup ? Fêter grandement l’entrée en 2012, la dernière année de l’humanité, l’année Maya ? Un cas, ils en ont un beau et ne savent pas en profiter. Faut croire qu’ils n’aiment pas l’improvisation…

En tenaille dans une myriade de bras solides, je me débats en vain, noyade au cœur d’une baïne. J’ai beau y mettre toutes mes forces, je ne sors pas de l’étreinte. Aucune de leurs paroles n’arrivent à mon cerveau, je n’écoute plus que le vilain génie déchu. Tout péter, tout péter, tout péter. Satan m’attend sur son divan.

Suis-je donc le seul à vouloir tout flinguer dans ce monde bordélique? Ma lucidité a foutu le camp depuis longtemps. Je sais ma névrose au paroxysme de sa mauvaise foi. En plein dogme suicidaire, ma chute entrainera tout le monde. Mes pensées au mixeur dégorgent du jus dégueulasse de mes désillusions.

Au climax de mon délire, je m’évanouis. Le burn out accouche enfin de sa gestation morbide. Mon corps se relâche après ce coït manqué.

Au réveil, je suis amer, goût du poivrot dans la bouche et lèvres fendues. Je suis encore rageur. La honte se diffuse en moi comme la sève d’un chêne centenaire. Les nerfs à vif, je me contiens. L’incompréhension se lit sur les figures compatissantes de mes proches. Je devine leurs pensées : « Mais pourquoi a-t-il pété un plomb ? Que lui arrive-t-il ?  »

Je n’en ai aucune idée. Plus rien n’a de sens.

L’année commence.