A propos jeancrach

Plume aiguisée forgée au tumulte

Histoire de la plus grosse merde qui me soit sortie du cul

Ça devait bien faire deux jours que j’étais pas allé aux toilettes, pas que ça me soit exceptionnel, je souffre régulièrement de constipation, comme les femmes, mais là, quand je me suis rendu aux chiottes pour la lâcher, j’ai su qu’elle était différente. Les premiers signes de son originalité n’apparurent pas de suite. Par habitude je m’installais confortablement sur la lunette, une légère angoisse me parcourant tout de même l’esprit. C’est une fois en position que je compris à qui j’allais avoir à faire, que cet instant serait une bataille sans merci, un seul de nous sortirait de cet espace exigu, moi ou la merde.

Je la sentais arriver, parcourant la fin de mon tube digestif, lentement, attirée par l’attraction terrestre. Son poids sans commune mesure aurait dû s’additionner à cette force mais c’était sans compter sur son diamètre avoisinant la corde de marin. Tout d’un coup, à cette réflexion pleine de lucidité qui me fit dire à haute voix « mais mon trou du cul est trop petit », l’angoisse se confirmait pour se transformer en peur-panique. En effet, l’action était déjà bien entamée, impossible de faire marche arrière, la poussée se faisait inexorable, je sentais mon cul se comprimer. Une sensation de trop plein se répercutait à ma figure, je sentis le sang me monter à la tête alors que j’aurais aimé que la merde me sorte du cul, suivant les principes les plus élémentaires de la digestion mammifère. Mais rien à faire, c’était coincé. La douleur s’accentuait, lancinante. La merde tentait tant bien que mal de frayer son chemin mais mon anus tardait à se dilater. Fallait-il employer les grands moyens ? Se jeter dans la mêlée, mettre de côté un certain dégoût pour la matière fécale et aider le processus à se concrétiser? J’optais pour l’attente et la suite des opérations.

Je ne fus pas tarder à être fixé. Dans un ultime effort après des échecs répétés, je contractais une nouvelle fois mes muscles à chier de toutes mes forces, à deux doigts de la rupture d’anévrisme tellement je mettais d’ardeur à l’expulsion de cette merde. Sous cette impulsion héroïque, le monstre pointa son bout vers l’extérieur. Sentant sa funeste destination, il tenta de rebrousser chemin mais je tins bon, constant dans la poussée initiée par l’impulsion du dernier espoir de sortir indemne de cette banale activité naturelle. C’est alors que je ressentis ce que durent ressentir tous les hommes devant la victoire et le salut prochain. Une sensation de bien être me parcourra le corps à l’annonce du « plouf ». Chute salvatrice ! Je restais longtemps sur le trône dès fois qu’une seconde, tapis dans un recoin de mon anatomie décide de me jouer la deuxième manche. Mais non, combat en un acte, je triomphais avec gloire et méditait sur ce succès de toute beauté.

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Les eunuques à la rose

En sortant de la salle d’opération mes couilles à la main j’ai su que j’avais fait le bon choix. Enfin je n’allais plus être soumis à toutes ces pulsions animales incontrôlables. La voie vers les sommets se dégageait, plus aucun moyen de pression n’était susceptible de m’arrêter.

Ce fut quand Dominique se fit pincer à New York que j’ai envisagé de me les faire couper. La mort prématurée de Richard m’a définitivement convaincu. Sans ces sales affaires, il est probable que je les aurais gardées…

Maintenant je ris des boutades de mes compères au sujet de François. Ce fut le premier a y passer. Bien avant tout le monde, au moment de sa nomination à la tête du parti, il envisagea la solution. La  pression de la charge le faisait décharger à chaque occasion, une véritable boule minute. Dans sa recherche d’exutoire il était toujours prêt à écouter Jack et à se laisser entraîner dans des parties licencieuses.

Avec le recul, il a vraiment eu du nez. Même après sa prise de poids prodigieuse le transformant en rombière de supermarché, même après son humiliation de 2007 a encouragé sa dinguo d’ex, même après son régime Dukan et sa teinture noire, tata François est sur la voie royale pour prendre la suite de tonton.

En  repensant à cette perspective improbable, une tante chef de l’État ( et pourquoi pas un gay pendant qu’on y est), on a ri comme des baleines avec les éléphants. Imaginez le tableau, l’ex de l’ex-candidate devient le président de la France. Improbable et pourtant vrai.

Devant cette ironie du sort, les compères et moi-même avons sérieusement commencé à avoir les foies. Nos rires gras s’amincissaient à mesure que les sondages gonflaient.

Attention ça va couper !

Cette réussite surréaliste engagea d’autres conversions. Disons le même tout court, c’est dorénavant une obligation pour entrer dans le futur gouvernement. Autant les femmes n’ont rien à se faire enlever, si ce n’est quelques kilos, autant chez les hommes quelques grammes sont de trop.

Certains essayèrent de se défiler, arguant d’un contrôle total sur leurs pulsions. Ils étaient des hommes responsables et dominaient leur monture. Rien n’y fit, les ténors devenus castras étaient intraitables. Ils ne se grattaient plus la main mais l’entre-jambe. Les réfractaires étaient promis à rester en province et dire adieu aux arcanes de la République.

A mon tour, je dus choisir : les bourses ou ministre.

Déjà père de trois enfants et rassasié de conquêtes, mon hésitation fut brève. Il serait dommage me suis-je dit, de laisser passer l’occasion d’accéder au pouvoir pour de simples considérations hédonistes. De toute façon, mon paquet m’encombre, elles mes tiennent chaud et je m’assoie dessus fréquemment. Ça pendouille comme des bas-joues de vieille peau.

Au final, mes couilles me rendent service maintenant qu’elles sont définitivement posées sur la table.

Dans un mois, nous serons à la tête de la République sans couille mais au pouvoir.

Avril 2012

Burn out au Jour de l’an

Que la fête commence !

365 jours de rétention de haine et de mépris concentrés en une soirée. Aux douze coups de minuit, j’explose en même temps que les bouchons de champagne. Pop pop pop… Le liège s’envole accompagné des cris de joie. Les coupes se remplissent une à une, tout le monde s’ébaubit dans l’allégresse de ce moment sacré.

Ce rituel de fêter la nouvelle année commençant agit sur moi comme un catalyseur de mauvaises pensées, toutes les saisons d’ennui chronique, de dégoût social et de rage assassine me reviennent en flashback. Elles veulent sortir groupées, en flot continu de pus mental. La catharsis va être terrible. Arès et Golgothe m’encouragent en continuant de me convaincre.

C’est la panique, je sens que cette fois je n’arriverai pas à diluer cette pulsion dans l’alcool. Au contraire, le poison est un véritable dopant à ma colère. Au milieu des « bonne année« , « bonne santé« , je hurle tel un possédé. Les bras m’en tombent, la flûte de champ’ décolle pour exploser au plafond. Une pluie de verre s’abat sur les visages hébétés de l’assistance médusée. Certains n’ont pas encore bien compris la situation, à moitié saouls dans le brouhaha , ils continuent à se papouiller comme des cons. Les plus proches de moi restent figés et me regardent éructer comme un damné sans croix. « Eh mec, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu te sens pas bien ? « , hasarde, empathique, l’un d’eux. « Si ça ne va pas … SI CA NE VA PAS ? », vocifère-je plein de vie.

Rouge soleil, j’ai les yeux aux bords des orbites et les veines gonflées à bloc. Une véritable bête s’éveille en moi. La transformation a eu lieu en quelques secondes. Je commence à attraper tout ce qui me tombe sous la main : des verres chopés sur les meubles balancés à l’aveugle, une chaise  à ma portée que je shoote d’un coup. J’empoigne la nappe de la table bien dressée, prêt à tout faire valdinguer d’un retrait direct. La muleta est tenue par le taureau. Plein d’euphorie, je la fais tournoyer dans tous les sens comme lasso et j’en viens presque à m’amuser en Zorro éclaté. Les assiettes voltigent et se fracassent sur la parquet, les cailles farcies de foie gras dégustent dans le bordeaux des verres brisés.

Les picadors pochards ne tardent pas à réagir. Ils m’agrippent pour me stopper dans mon élan destructeur. Ça dégénère en baston brouillonne. Les coups partent mais n’arrivent pas. L’étau se resserre mais je résiste. Sans conscience de la douleur, les veines pleines d’adrénaline, ça fuse dans les tubes pleine balle, une vraie machine de guerre en branle.

Ne voulaient-ils pas une soirée « pas comme les autres » ? Un « truc spécial » pour marquer le coup ? Fêter grandement l’entrée en 2012, la dernière année de l’humanité, l’année Maya ? Un cas, ils en ont un beau et ne savent pas en profiter. Faut croire qu’ils n’aiment pas l’improvisation…

En tenaille dans une myriade de bras solides, je me débats en vain, noyade au cœur d’une baïne. J’ai beau y mettre toutes mes forces, je ne sors pas de l’étreinte. Aucune de leurs paroles n’arrivent à mon cerveau, je n’écoute plus que le vilain génie déchu. Tout péter, tout péter, tout péter. Satan m’attend sur son divan.

Suis-je donc le seul à vouloir tout flinguer dans ce monde bordélique? Ma lucidité a foutu le camp depuis longtemps. Je sais ma névrose au paroxysme de sa mauvaise foi. En plein dogme suicidaire, ma chute entrainera tout le monde. Mes pensées au mixeur dégorgent du jus dégueulasse de mes désillusions.

Au climax de mon délire, je m’évanouis. Le burn out accouche enfin de sa gestation morbide. Mon corps se relâche après ce coït manqué.

Au réveil, je suis amer, goût du poivrot dans la bouche et lèvres fendues. Je suis encore rageur. La honte se diffuse en moi comme la sève d’un chêne centenaire. Les nerfs à vif, je me contiens. L’incompréhension se lit sur les figures compatissantes de mes proches. Je devine leurs pensées : « Mais pourquoi a-t-il pété un plomb ? Que lui arrive-t-il ?  »

Je n’en ai aucune idée. Plus rien n’a de sens.

L’année commence.

Permis de traire ou les vaches à lait de la conduite

Quand on pense qu’il y a dix ans ça durait vingt minutes, coûtait deux fois moins cher … Quand on pense qu’il y a 30 ans on te le filait comme ça, tu pouvais quasiment le passer bourré. La belle époque.

Aujourd’hui c’est 35 minutes, 2000 euros de moyenne pour 30h, 80% d’échec au premier passage sur la Capitale. L’examen le plus difficile de France ! Chaud !

Évidemment, plus c’est dur plus j’y vais confiant, homme de défis, homme mégalo, héros sans victoire … Je me suis bien ramassé, grosse performance devant l’Éternel, entre la pensée magique et l’inconscience.

Récit.

Je sors de la voiture mal assuré, les jambes flageolantes, l’air hagard. Je viens de me faire congédier d’un « Au revoir Monsieur » sec et sans familiarité. Échec au permis, rendez-vous à la prochaine tentative. Putain !

Je me sentais pourtant prêt, à l’aise en voiture, trente heures de cours, un instructeur confiant, moi aussi, la réussite au bout du virage. Quelle illusion ! Dès mon installation j’ai senti que ça serait pas de la tarte. Dépressurisation à froid. De l’ambiance « cool » des leçons au sérieux de l’examen. Mon inspecteur maghrébin ne rigole pas, professionnel à la limite de l’abus de position dominante. Je déglutie ma repentance. Il ne me facilite pas la tâche avec son ton de juge, ses sentences me mitraillent le cervelet… A peine la ceinture bouclée que j’entends le couperet tomber. C’est parti pour trente minutes de pur délire. On the road baby love !

Au départ j’assure tout : contrôles, trajectoires, respect du code, clignotants, tout est parfait. C’est même trop facile. Pour justifier sa paie, mon fonctionnaire lâche de la remarque « Contrôlez votre allure« , « Recentrez-vous« , et le silence. Ce silence de plomb encore dans la carabine. Tu sens déjà la balle te siffler près des tympans. Tu ne le sais pas encore mais son viseur pointe sur ton front. A la moindre faute c’est l’estocade, il ne te loupera pas. Un gros gâteau est à se partager à la fin. Miam le flippé !

La redondance de ses remarques me déstabilise, je vérifie tout, je ne comprends pas bien où il veut en venir. Je suis certes en sous-régime mais j’assure, 80 km/h en quatrième la Clio tracte comme une bête de somme en colline mais elle avance. Le savoir-faire français peut bien se la donner un peu, y’a pas mort d’homme. Pas encore …

A force de redite je succombe sous le harcèlement, je décide de la jouer sportive, je passe et repasse les vitesses, reprises et pied au plancher. Tu veux de l’allure tu vas en avoir. Et là, je me précipite, j’appuie mal sur l’embrayage, la quatrième accroche (la plus facile en plus !), la boîte de vitesse crie comme une truie à l’abattoir, c’est la panique. En plein milieu de la trois voies je suis en roues libres, les secondes durent sans que je ne parvienne à remettre cette putain de vitesse, mon pied se fige au dessus de la pédale. Le con ! 1 … 2… 3… « Mais passez la vitesse ! » s’écrie l’inspecteur. Il attrape d’un coup le levier pour le faire et sans réfléchir je lâche le volant dans la foulée, « Ah putain c’est bon là, j’aurai pas le permis c’est sûr« . « Mais reprenez le volant Monsieur que faites vous? », s’alarme mon copilote d’un instant, « Mettez les warning, appuyez sur l’accélérateur« . En moins de cinq secondes la situation est rétablie. J’enchaîne le reste sans encombre. Une boule se forme dans ma gorge. J’ai envie d’exploser. Comment ai-je fait pour me louper de la sorte putain !? Sacrée pression de merde. Tout va si vite à vive allure. Je comprends mieux les accidents d’un coup. Ma confiance se liquéfie, j’ai les fesses molles et les mains moites. J’ai presque envie de pleurer de rage et de honte mêlée.

           Quand je pense aux contraintes que je me suis infligé pour me chier dessus comme ça : 15 cours de 7 à 9h sur Paris 2 à 3 fois par semaine, et surtout 2000 euros pour 30h ! J’ai envie de tout péter ! De penser au discours lénifiants des bonimenteurs de l’auto-école décuple ma colère. Ces cons vont me faire casquer pire qu’un huissier. Je vais devoir rallonger au moins 500€. Les boules !

De retour chez moi la mauvaise foi reprend le dessus, ce n’est pas de ma faute cet échec, je vais faire annuler cet examen. Google direct « contestation d’examen permis de conduire« . Les réponses abondent. Ça me rassure, nous sommes nombreux, une fois de plus la solidarité virtuelle agit. Des tonnes de forums de plaintes sur des abus d’inspecteur ; des avocats spécialisés dans la contestation ; des auto-écoles bradant les prix …

Je tombe sur les chiffres du permis de conduire en France et reste stupéfait : 2 milliards de chiffre d’affaire, 2000€ en moyenne pour l’avoir, 55% d’échec sur le territoire, le pays le plus sévère d’Europe et même pas le mieux classé sur la sécurité routière ! Cet alibi est la machine à traire des vaches à lait que sont les candidats.

J’hallucine.

Je m’imagine déjà traîner tout cette clique d’arnaqueurs derrière ma caisse, enchaînant dos-d’âne et virages serrés pour leur faire payer ces conneries de bouffeurs d’économies.

Au final je me fais une raison.

Retour à la réalité, sors ton chéquier.