Permis de traire ou les vaches à lait de la conduite

Quand on pense qu’il y a dix ans ça durait vingt minutes, coûtait deux fois moins cher … Quand on pense qu’il y a 30 ans on te le filait comme ça, tu pouvais quasiment le passer bourré. La belle époque.

Aujourd’hui c’est 35 minutes, 2000 euros de moyenne pour 30h, 80% d’échec au premier passage sur la Capitale. L’examen le plus difficile de France ! Chaud !

Évidemment, plus c’est dur plus j’y vais confiant, homme de défis, homme mégalo, héros sans victoire … Je me suis bien ramassé, grosse performance devant l’Éternel, entre la pensée magique et l’inconscience.

Récit.

Je sors de la voiture mal assuré, les jambes flageolantes, l’air hagard. Je viens de me faire congédier d’un « Au revoir Monsieur » sec et sans familiarité. Échec au permis, rendez-vous à la prochaine tentative. Putain !

Je me sentais pourtant prêt, à l’aise en voiture, trente heures de cours, un instructeur confiant, moi aussi, la réussite au bout du virage. Quelle illusion ! Dès mon installation j’ai senti que ça serait pas de la tarte. Dépressurisation à froid. De l’ambiance « cool » des leçons au sérieux de l’examen. Mon inspecteur maghrébin ne rigole pas, professionnel à la limite de l’abus de position dominante. Je déglutie ma repentance. Il ne me facilite pas la tâche avec son ton de juge, ses sentences me mitraillent le cervelet… A peine la ceinture bouclée que j’entends le couperet tomber. C’est parti pour trente minutes de pur délire. On the road baby love !

Au départ j’assure tout : contrôles, trajectoires, respect du code, clignotants, tout est parfait. C’est même trop facile. Pour justifier sa paie, mon fonctionnaire lâche de la remarque « Contrôlez votre allure« , « Recentrez-vous« , et le silence. Ce silence de plomb encore dans la carabine. Tu sens déjà la balle te siffler près des tympans. Tu ne le sais pas encore mais son viseur pointe sur ton front. A la moindre faute c’est l’estocade, il ne te loupera pas. Un gros gâteau est à se partager à la fin. Miam le flippé !

La redondance de ses remarques me déstabilise, je vérifie tout, je ne comprends pas bien où il veut en venir. Je suis certes en sous-régime mais j’assure, 80 km/h en quatrième la Clio tracte comme une bête de somme en colline mais elle avance. Le savoir-faire français peut bien se la donner un peu, y’a pas mort d’homme. Pas encore …

A force de redite je succombe sous le harcèlement, je décide de la jouer sportive, je passe et repasse les vitesses, reprises et pied au plancher. Tu veux de l’allure tu vas en avoir. Et là, je me précipite, j’appuie mal sur l’embrayage, la quatrième accroche (la plus facile en plus !), la boîte de vitesse crie comme une truie à l’abattoir, c’est la panique. En plein milieu de la trois voies je suis en roues libres, les secondes durent sans que je ne parvienne à remettre cette putain de vitesse, mon pied se fige au dessus de la pédale. Le con ! 1 … 2… 3… « Mais passez la vitesse ! » s’écrie l’inspecteur. Il attrape d’un coup le levier pour le faire et sans réfléchir je lâche le volant dans la foulée, « Ah putain c’est bon là, j’aurai pas le permis c’est sûr« . « Mais reprenez le volant Monsieur que faites vous? », s’alarme mon copilote d’un instant, « Mettez les warning, appuyez sur l’accélérateur« . En moins de cinq secondes la situation est rétablie. J’enchaîne le reste sans encombre. Une boule se forme dans ma gorge. J’ai envie d’exploser. Comment ai-je fait pour me louper de la sorte putain !? Sacrée pression de merde. Tout va si vite à vive allure. Je comprends mieux les accidents d’un coup. Ma confiance se liquéfie, j’ai les fesses molles et les mains moites. J’ai presque envie de pleurer de rage et de honte mêlée.

           Quand je pense aux contraintes que je me suis infligé pour me chier dessus comme ça : 15 cours de 7 à 9h sur Paris 2 à 3 fois par semaine, et surtout 2000 euros pour 30h ! J’ai envie de tout péter ! De penser au discours lénifiants des bonimenteurs de l’auto-école décuple ma colère. Ces cons vont me faire casquer pire qu’un huissier. Je vais devoir rallonger au moins 500€. Les boules !

De retour chez moi la mauvaise foi reprend le dessus, ce n’est pas de ma faute cet échec, je vais faire annuler cet examen. Google direct « contestation d’examen permis de conduire« . Les réponses abondent. Ça me rassure, nous sommes nombreux, une fois de plus la solidarité virtuelle agit. Des tonnes de forums de plaintes sur des abus d’inspecteur ; des avocats spécialisés dans la contestation ; des auto-écoles bradant les prix …

Je tombe sur les chiffres du permis de conduire en France et reste stupéfait : 2 milliards de chiffre d’affaire, 2000€ en moyenne pour l’avoir, 55% d’échec sur le territoire, le pays le plus sévère d’Europe et même pas le mieux classé sur la sécurité routière ! Cet alibi est la machine à traire des vaches à lait que sont les candidats.

J’hallucine.

Je m’imagine déjà traîner tout cette clique d’arnaqueurs derrière ma caisse, enchaînant dos-d’âne et virages serrés pour leur faire payer ces conneries de bouffeurs d’économies.

Au final je me fais une raison.

Retour à la réalité, sors ton chéquier.

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2 réflexions au sujet de « Permis de traire ou les vaches à lait de la conduite »

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