Confessions d’un jeune pervers anonyme

Il m’est parvenu récemment un manuscrit tout à fait surprenant de la part d’une certaine Mademoiselle … , qui n’a pas souhaité dévoiler son nom au lecteur, étant donné les conséquences néfastes que sa diffusion pourraient engendrer. Il s’agit d’une longue lettre rédigée par son fiancé, visiblement tourmenté par les turpitudes de son existence. J’ai décidé de la diffuser en plusieurs chapitres. En voici le contenu :

« Chère … , je t’aime, et c’est pourquoi je t’écris cette lettre : pour que tu saches tous les actes ignominieux que j’ai pu commettre, ainsi que toutes les pensées qui habitent mon âme pervertie par les vicissitudes de notre époque ; pour qu’enfin tu acceptes de me pardonner et de finir ta vie avec la bête qui se livre entièrement à toi. »

Chapitre 1 – La masturbation sur Internet

« Après avoir pris mon petit-déjeuner, être allé à la selle, la première chose que j’entreprends pour démarrer la journée est de me masturber : j’étends ma serviette de bain sur le canapé (mesure d’hygiène), je découpe une feuille de sopalin, je baisse mon pantalon et mon caleçon, je pose mon derrière sur la serviette, j’ouvre une fenêtre Internet Explorer sur l’ordinateur (non pas l’habituel Mozilla, car je dois pouvoir supprimer l’historique de navigation sans éveiller tes soupçons), et je me connecte sur le site XNXX.com.

XNXX.com, j’espère que tu ne le sais pas (sinon tu dois répondre à cette lettre), est une gigantesque banque de vidéos porno en libre lecture, la plus grande que je connaisse. La page d’accueil présente les images (dynamiques) alléchantes des dernières nouveautés. Les vidéos sont classées en une multitude de catégories, dans lesquelles chaque visiteur peut trouver son bonheur en fonction de ses fantasmes et de sa personnalité. On peut en citer quelques unes, par exemple, assez classiques : Deepthroat, Gangbang, Female ejaculation ; d’autres, qui te paraîtront un peu originales : Shemale, Pregnant, Dwarf … Comme tu n’es pas une spécialiste en anglais, n’hésite pas à me demander les explications des termes que tu ne comprends pas.

En ce qui me concerne, comme je cherche à atteindre l’orgasme le plus rapidement possible, et que je suis quelqu’un de très conventionnel, en général je ne me casse pas la tête : je fonce vers la catégorie Best of, vue et revue, sinon Sexy girls, ou encore Stockings, ayant tu le sais un faible pour le nylon. Je dois cependant t’avouer un penchant supplémentaire pour la catégorie Big cock, de par mon attrait pour le gigantisme et la démesure.

La taille est devenue un problème majeur pour l’homme contemporain. Remercions Dieu de m’avoir doté d’un pénis droit, long et large, ainsi que de deux grosses couilles bien rondes ! Je peux parader fièrement devant toi qui ne sais même pas, dans ton innocence de jeune femme incapable de comparer, que la nature m’a plutôt gâté. Cela ne t’empêche pas de me susurrer à l’oreille « J’aime quand t’es au fond de moi… » pendant notre acte amoureux. Je vais certainement rater ma vie dont tu seras la douce compensation, mais au moins j’ai une grosse queue, ça tu peux en être fière.

XNXX.com est une drogue quotidienne de laquelle je ne parviens pas à m’extraire. On y voit de si belles femmes, bien plus jolies que toi, si finement déshabillées, que je ne crois pas pouvoir me débarrasser un jour de cette manie, même si tu commençais un régime drastique et que ton budget lingerie s’alourdissait. Me pardonneras-tu cette infidélité, mon amour ? C’est toujours moins réel que d’aller voir les putes, non ? Et ça n’influera en rien notre niveau de vie, car XNXX.com est gratuit. Peut-être prendras tu aussi goût à ce site, qui sait, et que nous pourrons le visiter ensemble, alimentant ainsi notre vie sexuelle. »

Fin du 1er chapitre.

Burn out au Jour de l’an

Que la fête commence !

365 jours de rétention de haine et de mépris concentrés en une soirée. Aux douze coups de minuit, j’explose en même temps que les bouchons de champagne. Pop pop pop… Le liège s’envole accompagné des cris de joie. Les coupes se remplissent une à une, tout le monde s’ébaubit dans l’allégresse de ce moment sacré.

Ce rituel de fêter la nouvelle année commençant agit sur moi comme un catalyseur de mauvaises pensées, toutes les saisons d’ennui chronique, de dégoût social et de rage assassine me reviennent en flashback. Elles veulent sortir groupées, en flot continu de pus mental. La catharsis va être terrible. Arès et Golgothe m’encouragent en continuant de me convaincre.

C’est la panique, je sens que cette fois je n’arriverai pas à diluer cette pulsion dans l’alcool. Au contraire, le poison est un véritable dopant à ma colère. Au milieu des « bonne année« , « bonne santé« , je hurle tel un possédé. Les bras m’en tombent, la flûte de champ’ décolle pour exploser au plafond. Une pluie de verre s’abat sur les visages hébétés de l’assistance médusée. Certains n’ont pas encore bien compris la situation, à moitié saouls dans le brouhaha , ils continuent à se papouiller comme des cons. Les plus proches de moi restent figés et me regardent éructer comme un damné sans croix. « Eh mec, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu te sens pas bien ? « , hasarde, empathique, l’un d’eux. « Si ça ne va pas … SI CA NE VA PAS ? », vocifère-je plein de vie.

Rouge soleil, j’ai les yeux aux bords des orbites et les veines gonflées à bloc. Une véritable bête s’éveille en moi. La transformation a eu lieu en quelques secondes. Je commence à attraper tout ce qui me tombe sous la main : des verres chopés sur les meubles balancés à l’aveugle, une chaise  à ma portée que je shoote d’un coup. J’empoigne la nappe de la table bien dressée, prêt à tout faire valdinguer d’un retrait direct. La muleta est tenue par le taureau. Plein d’euphorie, je la fais tournoyer dans tous les sens comme lasso et j’en viens presque à m’amuser en Zorro éclaté. Les assiettes voltigent et se fracassent sur la parquet, les cailles farcies de foie gras dégustent dans le bordeaux des verres brisés.

Les picadors pochards ne tardent pas à réagir. Ils m’agrippent pour me stopper dans mon élan destructeur. Ça dégénère en baston brouillonne. Les coups partent mais n’arrivent pas. L’étau se resserre mais je résiste. Sans conscience de la douleur, les veines pleines d’adrénaline, ça fuse dans les tubes pleine balle, une vraie machine de guerre en branle.

Ne voulaient-ils pas une soirée « pas comme les autres » ? Un « truc spécial » pour marquer le coup ? Fêter grandement l’entrée en 2012, la dernière année de l’humanité, l’année Maya ? Un cas, ils en ont un beau et ne savent pas en profiter. Faut croire qu’ils n’aiment pas l’improvisation…

En tenaille dans une myriade de bras solides, je me débats en vain, noyade au cœur d’une baïne. J’ai beau y mettre toutes mes forces, je ne sors pas de l’étreinte. Aucune de leurs paroles n’arrivent à mon cerveau, je n’écoute plus que le vilain génie déchu. Tout péter, tout péter, tout péter. Satan m’attend sur son divan.

Suis-je donc le seul à vouloir tout flinguer dans ce monde bordélique? Ma lucidité a foutu le camp depuis longtemps. Je sais ma névrose au paroxysme de sa mauvaise foi. En plein dogme suicidaire, ma chute entrainera tout le monde. Mes pensées au mixeur dégorgent du jus dégueulasse de mes désillusions.

Au climax de mon délire, je m’évanouis. Le burn out accouche enfin de sa gestation morbide. Mon corps se relâche après ce coït manqué.

Au réveil, je suis amer, goût du poivrot dans la bouche et lèvres fendues. Je suis encore rageur. La honte se diffuse en moi comme la sève d’un chêne centenaire. Les nerfs à vif, je me contiens. L’incompréhension se lit sur les figures compatissantes de mes proches. Je devine leurs pensées : « Mais pourquoi a-t-il pété un plomb ? Que lui arrive-t-il ?  »

Je n’en ai aucune idée. Plus rien n’a de sens.

L’année commence.

Permis de traire ou les vaches à lait de la conduite

Quand on pense qu’il y a dix ans ça durait vingt minutes, coûtait deux fois moins cher … Quand on pense qu’il y a 30 ans on te le filait comme ça, tu pouvais quasiment le passer bourré. La belle époque.

Aujourd’hui c’est 35 minutes, 2000 euros de moyenne pour 30h, 80% d’échec au premier passage sur la Capitale. L’examen le plus difficile de France ! Chaud !

Évidemment, plus c’est dur plus j’y vais confiant, homme de défis, homme mégalo, héros sans victoire … Je me suis bien ramassé, grosse performance devant l’Éternel, entre la pensée magique et l’inconscience.

Récit.

Je sors de la voiture mal assuré, les jambes flageolantes, l’air hagard. Je viens de me faire congédier d’un « Au revoir Monsieur » sec et sans familiarité. Échec au permis, rendez-vous à la prochaine tentative. Putain !

Je me sentais pourtant prêt, à l’aise en voiture, trente heures de cours, un instructeur confiant, moi aussi, la réussite au bout du virage. Quelle illusion ! Dès mon installation j’ai senti que ça serait pas de la tarte. Dépressurisation à froid. De l’ambiance « cool » des leçons au sérieux de l’examen. Mon inspecteur maghrébin ne rigole pas, professionnel à la limite de l’abus de position dominante. Je déglutie ma repentance. Il ne me facilite pas la tâche avec son ton de juge, ses sentences me mitraillent le cervelet… A peine la ceinture bouclée que j’entends le couperet tomber. C’est parti pour trente minutes de pur délire. On the road baby love !

Au départ j’assure tout : contrôles, trajectoires, respect du code, clignotants, tout est parfait. C’est même trop facile. Pour justifier sa paie, mon fonctionnaire lâche de la remarque « Contrôlez votre allure« , « Recentrez-vous« , et le silence. Ce silence de plomb encore dans la carabine. Tu sens déjà la balle te siffler près des tympans. Tu ne le sais pas encore mais son viseur pointe sur ton front. A la moindre faute c’est l’estocade, il ne te loupera pas. Un gros gâteau est à se partager à la fin. Miam le flippé !

La redondance de ses remarques me déstabilise, je vérifie tout, je ne comprends pas bien où il veut en venir. Je suis certes en sous-régime mais j’assure, 80 km/h en quatrième la Clio tracte comme une bête de somme en colline mais elle avance. Le savoir-faire français peut bien se la donner un peu, y’a pas mort d’homme. Pas encore …

A force de redite je succombe sous le harcèlement, je décide de la jouer sportive, je passe et repasse les vitesses, reprises et pied au plancher. Tu veux de l’allure tu vas en avoir. Et là, je me précipite, j’appuie mal sur l’embrayage, la quatrième accroche (la plus facile en plus !), la boîte de vitesse crie comme une truie à l’abattoir, c’est la panique. En plein milieu de la trois voies je suis en roues libres, les secondes durent sans que je ne parvienne à remettre cette putain de vitesse, mon pied se fige au dessus de la pédale. Le con ! 1 … 2… 3… « Mais passez la vitesse ! » s’écrie l’inspecteur. Il attrape d’un coup le levier pour le faire et sans réfléchir je lâche le volant dans la foulée, « Ah putain c’est bon là, j’aurai pas le permis c’est sûr« . « Mais reprenez le volant Monsieur que faites vous? », s’alarme mon copilote d’un instant, « Mettez les warning, appuyez sur l’accélérateur« . En moins de cinq secondes la situation est rétablie. J’enchaîne le reste sans encombre. Une boule se forme dans ma gorge. J’ai envie d’exploser. Comment ai-je fait pour me louper de la sorte putain !? Sacrée pression de merde. Tout va si vite à vive allure. Je comprends mieux les accidents d’un coup. Ma confiance se liquéfie, j’ai les fesses molles et les mains moites. J’ai presque envie de pleurer de rage et de honte mêlée.

           Quand je pense aux contraintes que je me suis infligé pour me chier dessus comme ça : 15 cours de 7 à 9h sur Paris 2 à 3 fois par semaine, et surtout 2000 euros pour 30h ! J’ai envie de tout péter ! De penser au discours lénifiants des bonimenteurs de l’auto-école décuple ma colère. Ces cons vont me faire casquer pire qu’un huissier. Je vais devoir rallonger au moins 500€. Les boules !

De retour chez moi la mauvaise foi reprend le dessus, ce n’est pas de ma faute cet échec, je vais faire annuler cet examen. Google direct « contestation d’examen permis de conduire« . Les réponses abondent. Ça me rassure, nous sommes nombreux, une fois de plus la solidarité virtuelle agit. Des tonnes de forums de plaintes sur des abus d’inspecteur ; des avocats spécialisés dans la contestation ; des auto-écoles bradant les prix …

Je tombe sur les chiffres du permis de conduire en France et reste stupéfait : 2 milliards de chiffre d’affaire, 2000€ en moyenne pour l’avoir, 55% d’échec sur le territoire, le pays le plus sévère d’Europe et même pas le mieux classé sur la sécurité routière ! Cet alibi est la machine à traire des vaches à lait que sont les candidats.

J’hallucine.

Je m’imagine déjà traîner tout cette clique d’arnaqueurs derrière ma caisse, enchaînant dos-d’âne et virages serrés pour leur faire payer ces conneries de bouffeurs d’économies.

Au final je me fais une raison.

Retour à la réalité, sors ton chéquier.